Alors, enfin posés face à cette flamme, oubliant le tumulte du monde autour de nous, oubliant le brouhaha de nos frustrations, nous pouvons entendre une voix amie qui nous parle et qui nous dit qu’il n’est pas encore temps de baisser les bras, qu’un chemin existe, que tel chemin existe et voilà qu’elle nous explique ce que nous pourrions faire, ce que nous devrions faire et qu’elle nous donne la permission d’agir.

Ne pas perdre ce que dit cette voix ! Pour cela, nous pouvons l’écrire, imaginer que quelqu’un que l’on aime et qui nous aime nous parle et nous dise :

« Je suis ton amie et je voudrais te dire » (1)

« J’ai peur que tu ne t’épuises par crainte de ne pas voir tes rêves aboutir. Sois patiente avec toi, accorde-toi du temps, de l’espace de vie pour être avec toi, des moments à toi pour t’aimer un peu plus et accepter que l’on t’aime. Cesse de te faire la guerre, tu as le droit d’être sereine, heureuse. Tu es une femme sincère, honnête, avec tant de courage et de volonté qu’il est impossible de croire que tu n’aies pas le droit au bonheur toi aussi. Je suis là pour que tu ne t’oublies plus jamais. »

Ou qui nous dit :

« Cette grande inertie qui t’empêche d’agir, cette distance que tu mets encore beaucoup entre toi et les autres, cet aspect un peu trop sérieux dont tu as du mal à te départir, tout cela montre que tu es encore beaucoup dans le paraître et que tu as du mal à tomber le masque et à révéler qui tu es. »

« Tout aussi prête à donner, trop, qu’à tout retenir et oublier que d’autres autour de toi aimeraient aussi plus d’attention. »

« Je suis inquiète pour toi. Je vois que tu n’es pas bien dans ton travail et que ça te mine. Je sais, le contexte économique n’est pas facile et tu n’es plus dans la tranche d’âge idéale, mais il y a sûrement quelque part une entreprise qui a besoin de tes compétences. Fais-toi aider par des professionnels et repart pour d’autres horizons. Mets de côté ta fierté dans laquelle tu te drapes et le repli dans lequel tu te réfugies. La société change, il faut que tu t’adaptes. Alors courage, bouge et tu verras bien ce qui se passe. Quoiqu’il arrive, ta créativité sera toujours avec toi. »

« Je suis inquiète pour toi… », n’est-ce pas révélateur de notre immense capacité à venir à notre propre secours ? de notre immense capacité à nous protéger, à nous bousculer tout en assurant notre sécurité ?

Et encore ceci :

« Je te fais part de ma perplexité et de mon inquiétude à l’égard de ta manière de vivre actuellement. Tu t’es faite légère, discrète, mais peut-être un peu trop. Car il y a toujours la question de ta survie matérielle qui ne se résout pas. En fait, tu devrais assumer ton désir d’être artiste, trouver un travail à mi-temps et te former. Ton professeur de dessin prépare des étudiants à l’entrée dans les écoles d’art et elle pense qu’en un an de travail intensif avec elle, en plus de ton travail à temps partiel, tu aurais trouvé ta dimension. »

Notre voix, notre flamme intérieure n’est pas déconnectée de notre réalité. Elle ne nous promet pas monts et merveilles, elle nous dit seulement qui nous sommes, pour que nous ne nous oubliions pas face à nos mille obligations. Elle nous révèle, contre toute attente, que nous savons exactement quoi faire et comment pour réaliser ce qui, pour nous, fait partie de notre essentiel.

« C’est comme si tu avais encore quelque chose à conquérir. Qu’est-ce qu’il te manque ? Il y a une part de toi qui momentanément a été mise en stand by pour réaménager cette nouvelle vie, mais cette part demande à être développée, à prendre sa place dans ton existence. Chaque jour, pose une petite pierre pour ne pas oublier cette part de toi qui a aussi besoin d’exister, sans mettre en péril ce que tu as construit, mais comme une dernière pierre à ton édifice. »

« Je suis triste de constater ce décalage entre tant d’investissement en travail intellectuel, en recherche spirituelle, en confrontation avec toi-même ; une telle puissance de vie et certains jours, cette lancinante complainte : "à quoi bon ?" Je sais que tu sais à quoi et à qui c’est bon. »

Oui, nous savons, et de savoir que nous savons nous rend moins incertains, d’avoir entendu une fois ce que nous nous disons à nous-mêmes, de savoir qu’il y a en nous cette flamme, cette sagesse véritable qui nous réchauffe et nous éclaire avec force et douceur – cela nous rend solides pour dire posément ce que nous voulons et que ce que nous voulons n’est pas inutile mais nourrit notre énergie vitale.

Pour ne pas nous oublier, pour ne pas nous laisser envahir par le dur, la frustration, la confusion et le chaos… écrivons-nous.


(1) Les citations sont extraites, avec l’accord de leurs auteurs, de lettres qui ont été écrites dans le groupe de thérapie animé par Claudine Heslouin et Victoire Darlay : lettre de mon ami(e), mon proche le ou la plus cher(e) à moi-même.