Lorsqu'on analyse le comportement des enfants, il est facile de voir que dès leur plus jeune âge, ceux-ci n'hésitent pas à dire "non" s'ils ne veulent pas quelque chose. C'est donc en grandissant, et par l'éducation reçue, qu'ils apprennent à définir des limites à leur refus.

En effet, dire non, c'est poser ses limites tout en respectant celles des autres.

Parmi les facteurs qui incitent à s'interdire le "non", figure tout simplement la peur de l'autre :
  • peur d'être ignoré (que l'on ne prête plus attention à vous)
  • peur d'être humilié (que l'on vous considère comme un incapable)
  • peur d'être rejeté, sans doute la peur la plus communément ressentie

Beaucoup n'oseront sans doute pas dire "non", pensant que cela leur portera préjudice dans l'entreprise ou pensant devoir satisfaire les autres aux dépens d'eux-mêmes.

Apprendre quand dire non : les avantages du "non"

Un vrai "non" donne de la valeur à un "oui" :

  • savoir dire "non", c'est savoir se protéger, garder son intégrité ;
  • dire "oui" en permanence implique au contraire une accumulation de regrets, de remords, très mauvaise pour l'estime de soi, déjà cause de la difficulté à dire "non" ;
  • accepter toute demande plaît aux autres : on vous trouve d'un contact agréable, non conflictuel, mais ce manque d'assertivité peut également mener à l'agacement ;
  • savoir dire "non" joue positivement sur l'estime de soi.

Néanmoins, chacun doit savoir mettre de l'eau dans son vin : des "non" répétés amèneront les gens à vous étiqueter négativement. Trop de "non" tue le "non".

1/ Pour cela, il convient d'établir ses limites et ses objectifs personnels :
- qu'est-on prêt à faire pour les autres ?
- quelles demandes peut-on accepter ?
- telle ou telle réponse est-elle cohérente avec mes objectifs personnels ?
- cela est-il bon pour ma carrière ?
- vais-je être pénalisé si je réponds "non" ?
- ai-je le temps d'aider l'autre, malgré ma charge de travail ?
- cela va-t-il perturber mon organisation ?

2/ Plutôt que de donner une réponse immédiate, il faut gagner du temps pour y réfléchir : "Je termine ce que je fais et je reviens vers toi dans une heure".

3/ Peser le pour et le contre :
- poser deux colonnes sur une feuille, une pour les coûts et une pour les gains, sur les plans professionnel et personnel
- une fois cela rempli, poser les mots : "de quel côté cela penche-t-il le plus ?"

4/ Bien présenter son refus :
- quelle que soit votre décision, la personne verra que vous lui portez de l'intérêt
- malgré une éventuelle déception, la personne respectera votre choix
- le modèle qui consiste à plaire coûte que coûte n'est pas approprié à l'entreprise

5/ Montrer que l'on rejette la demande, pas la personne :
- ne jamais dire "non" d'emblée, ni de manière sèche
- exprimer son ressenti pour ne pas avoir l'air indifférent aux problèmes de l'autre : "Je suis ennuyé, mais..."
- éviter de s'excuser ou de se justifier à tout prix : chacun a légitimement le droit de refuser, sans explication

6/ Assis ou debout : éviter les situations de domination :
- rester en position "synchronisée" avec l'autre : les deux assis ou les deux debout
- éviter le "face à face" qui sous entend une position de confrontation ou de séduction : ne pas hésiter à se décaler de son interlocuteur
- préférer une phrase positive telle que "Pour l'instant, j'ai moi aussi une priorité" : cela conditionne le cerveau de l'interlocuteur qui sera plus disposé à accepter le refus.

7/ Appliquer le principe du "gagnant-gagnant" :
Toute réponse négative doit être agrémentée d'une proposition ou d'une alternative : "Je pense pouvoir t'aider, mais plutôt en début de semaine prochaine." ; "Je peux t'aider une heure, mais pas plus."
C'est la méthode du gagnant, inspiré des cultures asiatiques, où chacun s'applique à faire en sorte que l'autre se sente considéré et respecté.

Article de Patrick Bourboulon, consultant du cabinet Claudine Heslouin Consultants