L’attitude et la manière de communiquer du soignant ont un réel impact sur le comportement du patient atteint de la maladie d’Alzheimer ou de démences apparentées : surveiller le ton de sa voix, son débit, apaiser ses propres gestes, donner de la présence à son propre regard constituent une approche qui permettra au soignant d’établir, en quelques minutes, une relation plus sereine avec le patient.

La technique de l’enveloppement consiste à entrer en contact avec la personne par la porte de son besoin psychologique et non plus par celle de la réalité : entrer dans la chambre, non plus dans la seule intention de faire la toilette, par exemple, qui reste cependant l’objectif final, mais avec l’intention première de rassurer le patient et de prendre soin de lui.

Envelopper, c’est éviter de parler fort, de brusquer, d’insister, en négligeant ainsi, sans s’en apercevoir, le besoin de contact humain du patient et sa demande d’être pris en considération. Envelopper, c’est entrer doucement, se présenter, dire que l’on va s’occuper du patient, le regarder en lui parlant, lui effleurer l’avant-bras avec la paume de la main, le faire parler de lui, de sa vie tant que cela lui est possible.

Les soignants qui ont appliqué cette technique, à l’issue de la formation sur la prise en charge des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, en ont ressenti un réel soulagement. Je livre ici, avec leur accord, quelques unes des situations difficiles qu’ils ont réussi à surmonter, sans que cela leur ait nécessairement coûté du temps.

« Madame X. est une résidente démente de 91 ans, » raconte Geneviève, aide-soignante. « Elle est hémiplégique du côté gauche, ne parle presque plus (elle dit parfois oui, non). Elle est agressive et pleure, lors de la toilette, ou pince et griffe, moment difficile pour elle et pour nous, soignants. A la suite du stage, j’ai changé ma façon d’aborder sa toilette. Tout d’abord, je rentre doucement dans la chambre, j’évite d’allumer la lumière (trop agressive), j’ouvre le volet, puis je me tourne vers Madame X. et je prends le temps de me poser près d’elle. Je lui parle doucement et je lui dis que je viens pour m’occuper d’elle, en évitant d’employer le mot "toilette" qui, à mon sens, l’agresse. Je la touche du bout des doigts. Après quelques minutes, je lui propose de se préparer pour l’installer au fauteuil. Je ne commence plus la toilette par le visage, mais par les bras, je l’invite à participer à la toilette (donnez-moi votre main…). A la suite de ce changement apporté à la toilette, Madame X. n’est pratiquement plus agressive et pleure beaucoup moins. Quelle satisfaction de voir le changement positif lors du soin, la résidente est détendue et moi, je suis satisfaite du soin. »

Une autre aide-soignante, Florence, raconte comment elle a, pour sa part, modifié la prise en charge du coucher : « Madame B. est une résidente Alzheimer de 75 ans. Elle a des troubles de la mémoire, se souvient du passé, mais ne se rappelle pas du présent. Elle parle bien, sait se faire comprendre. Elle arrive encore à faire le lien entre les objets et leurs fonctions (elle mange seule). Elle a des troubles des fonctions exécutives (difficulté à faire des projets, s’organiser). Elle a une désorientation temporo-spatiale. Lors du coucher, Madame B. a souvent tendance à se relever et ne veut pas rester dans son lit. Même en la couchant trois ou quatre fois, elle se relève. Maintenant, grâce à cette formation, ma prise en charge de Madame B. lors du coucher a changé. Avant de l’emmener dans sa chambre, je m’assoie à côté d’elle et je lui parle, je la mets en confiance tout en posant ma main sur son épaule. Ensuite, quand elle le veut bien, je l’accompagne dans sa chambre, je l’aide à se coucher sur le côté, comme elle a l’habitude. Je la prends dans mes bras et lui fais un bisou pour lui dire bonne nuit. Elle s’endort tout de suite et ne se relève plus. Elle est en confiance. Elle a juste besoin d’affection. »

Dans le prochain billet, je citerai d’autres situations de soin que des professionnels sont parvenus à apaiser.