Car il s'agit d'une maladie qui enferme, isole, coupe la personne du monde qui l’environne et qui génère une profonde angoisse. La maladie d’Alzheimer exige des soignants, non plus un savoir faire, mais un savoir être spécifique, protecteur, calme, bienveillant, rassurant.

La maladie d'Alzheimer est à l'origine de comportements troublants, déconcertants et parfois violents : déambulation, agressivité verbale et physique, cris, coups, morsures, griffures, lors de la toilette ou des soins, tentatives de fuite, d’enlever les pansements, les perfusions, opposition… Il est important, pour le soignant, de savoir comment se positionner, comment communiquer, comment donner sans se laisser envahir, jusqu’à quel point il peut intervenir et à partir de quel moment il lui faut reconnaître et accepter son impuissance, sans se culpabiliser.

A aucun moment, le soignant ne doit perdre de vue que les comportements agressifs du patient atteint de la maladie d’Alzheimer expriment son incapacité à lire le monde qui l’environne et la souffrance, l'angoisse, l’incompréhension que, de ce fait, il éprouve.

« La première violence à laquelle je suis confrontée » raconte une aide-soignante « est celle des patients atteints de la maladie d’Alzheimer qui ne comprennent pas pourquoi ils sont là, qui vivent des souvenirs anciens, qui sont souvent dans la demande de partir, qui ne comprennent pas pourquoi ils sont enfermés et non libres de leurs mouvements, qui vivent dans un autre monde et qu’il n’est pas facile de recentrer sur la réalité. Il manque un jardin, un espace vert, un espace à ciel ouvert pour qu’ils puissent canaliser leurs différentes émotions, ils expriment le sentiment d’être en prison. Ils sont confrontés à d’autres patients, à divers stades de la maladie, à de forts caractères et pour des broutilles (ex : un fauteuil occupé), la pression monte. Le risque, lorsque le patient monte en pression, est que cela fasse boule de neige et que la plupart des résidents deviennent donc de moins en moins gérables : un seul soignant a du mal à gérer plusieurs résidents à ce moment là. Il n’y a pas forcément possibilité de s’isoler avec le résident agressif. Le soignant finit par s’épuiser et son stress est inévitablement ressenti par les résidents. » D’où les questions que les soignants se posent et les savoirs spécifiques qu’il leur est fondamental d’acquérir, car ils se disent parfois totalement démunis :

« Comment désamorcer la crise dès le début, peut-être même l’éviter avant qu’elle ait lieu. Quelle attitude adopter face à un résident qui se montre violent verbalement, mais surtout physiquement ? Comment rester zen dans ces situations pour éviter l’effet boule de neige ? Comment garder mon self-control pour mieux répondre à l’attente de chaque résident en cas de violence de l’un ou l’autre ? Comment gérer ma propre peur de la violence ? »

Dans le billet suivant, j’exposerai comment le soignant peut travailler sur sa manière d'entrer en contact avec le patient afin d'apaiser son angoisse, de le rassurer et d'éviter ainsi de se trouver confronté à une situation de violence ou d’agressivité. J'exposerai notamment comment effectuer une toilette pour éviter que celle-ci ne dégénère en conflit.


Article de Claudine Heslouin en collaboration avec Anne Lecerf, et témoignages de professionnels de santé ayant participé aux stages « Prendre en charge les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de démence apparentée »